Compte rendu de la conférence de Richard Collin

« Culture 2.0 et les technologies culturelles et de l’esprit, mythe et réalité »


 Le 6 octobre 2009 s’ouvrait le cycle de conférences « L’information : une nouvelle culture ? », organisé par l’ADBS Provence-Alpes. L’Alcazar, partenaire du projet, accueillait Richard Collin pour une conférence sur la « culture du web 2.0 et les technologies culturelles et de l’esprit. »

 

Intervenant : Richard Collin, expert en knowledge management et éfficacité collective, il est co-fondateur de la société nextmodernity, spécialisée dans le conseil et le service en nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).

 

Gilles Eboli, directeur de la BMVR de l’Alcazar et président de l’ABF (Association des Bibliothécaires de France) introduit le débat et soulevé la question suivante : l’information et son système de production constituent-ils une évolution ou une révolution ?

Nathalie Cornec, déléguée régionale de l’ADBS Provence-Alpes présente le cycle de conférences dont l’ambition est d’aborder les enjeux de la culture de l’information pour la société et l’individu,  à travers une approche pluridisciplinaire.

 

Richard Collin entame sa présentation par une référence à l’article paru sur booksmag : « Internet rend-il encore plus bête ? » http://www.booksmag.fr/magazine/d/internet-rend-il-encore-plus-bete.html

 Il mène la conférence sur le ton de la conversation et de l’échange, dans un esprit de co-construction qui lui est cher. Spécialiste des NTIC et du travail collaboratif, il fondait il y a 20 ans, Neurope lab, laboratoire de recherche appliquée (European Center for the Knowledge Age), avec Michel serres, Michel Authier et Pierre Lévy. Leurs projets tournaient autour du transfert et de la mise en réseau des connaissances et de l’économie du savoir. Pierre Lévy emploie le terme d’intelligence collective pour la première fois.

L’équipe a également mis sur pied la « maison de la nouvelle connaissance », réunissant artistes, industriels et entrepreneurs autour d’une réflexion commune sur les possibilités offertes par les technologies de l’information et de la communication.

 

Après l’ère de l’écriture, puis celle du livre, nous entrons dans celle des TIC. Richard Collin souligne le fait que ces différentes formes de communication continueront de coexister. Le débat entre Platon et Socrate sur la prééminence de l’écriture sur l’oralité est toujours d’actualité.

A  la société marchande, succède la société de l’information. Aujourd’hui en France, 90 % de la population active  travaille dans le secteur tertiaire. Nous appartenons à l’ère de la fonctionnalité et du service. L’information est devenue un enjeu majeur pour la société mondiale. Nouvel espace émergent,  elle est en construction et ne dispose pas encore de règles établies, ni de carte de navigation.

 

Le monde actuel est caractérisé par le désordre et la complexité. En effet, les canaux de diffusion, les formes et les supports de l’information sont nombreux et parfois difficiles à saisir. L’information est d’autant plus envahissante et vertigineuse qu’elle est exponentielle. Son omniprésence engendre une perte des repères : espace privé/public, réel/virtuel se confondent. Collectivité, vitesse, flou, sont les maîtres mots de notre monde moderne.

 

Fait nouveau : l’homme est à la fois observateur et acteur de sa propre connaissance. L’apprentissage n’est plus linéaire et hiérarchisé, mais hypertextuel. L’information est un chemin personnel au sein d’un monde bêta (en construction). L’information liquide domine.

 

Il est intéressant de constater que la notion de « savoir » recouvre une signification différente selon les langues. En français il est synonyme de sagesse, de contemplation. Les français réfléchissent beaucoup à l’impact des TIC sur la justice sociale, la solidarité. En anglais le savoir revêt le sens de pouvoir. Les anglo-saxons s’orientent davantage vers l’influence des TIC sur la liberté ou le contrôle social En russe, le savoir est assimilé à la création. Ce sont les effets des TIC sur la cognition, la recherche, l’invention qui retiennent leur attention. Cette culture de l’information se révèle protéiforme. Elle est envisagée de manière différente d’une aire géographique à une autre.

 

Connecteur social, accumulateur, expérimentateur, le web 2.0 est également un nouveau modèle économique. « le monde est devenu le web ». Nous sommes passés du world wide web au world life web. L’une des conséquences de ce nouveau web est que nous sommes devenus des documents taggables, un ensemble d’éléments non structurés d’informations.

Mais comment s’approprier ce web 2.0, que peut-il pour nous ? Quelles conséquences induit-il sur notre relation aux autres ?

 

La modernité est en route. Nous assistons au passage du possible au réel. Quelques exemples des avancées les plus étourdissantes dans le domaine des nouvelles technologies :

Les NBIC, le kindle, la géolocalisation, le 6ème sens, le micro-drone ,le RFID (Radio frequency identification), le nano…

Bien évidemment l’intelligence artificielle et la culture de l’information soulèvent des interrogations quant à la liberté, l’autonomie et la surveillance des individus.

La question des avatars pose le problème de l’identité réelle et virtuelle.

 

Ces NTIC amènent une évolution des capacités cognitives humaines. L’intelligence de l’homme évolue en ce qui concerne l’apprentissage, la mémoire…

Un exemple significatif : l’E-book qui exprime une nouvelle façon de lire. Ces changements s’accompagnent de la nécessité de visualiser l’information surabondante pour la retenir. De nombreux logiciels de cartographie d’informations voient le jour.

 

L’enjeu est global pour la société. Le web 2.0 a un rôle à jouer aussi bien dans les questions sociales que de développement durable. Il s’agit de tisser des liens entre les communautés qui sont autant de communautés de destins. L’ambition est de construire une destinée commune. Dans cette perspective, chaque individu doit devenir entrepreneur de la connaissance.

Pour construire ce monde, la notion de confiance réciproque est essentielle. De plus en plus de sites se développent autour d’un modèle de confiance, E-bay le premier. Le monde est un village, je dois faire confiance aux gens de mon village. Nous devons être cultivateurs de confiance, tout en tenant compte des limites de l’homme par rapport aux NTIC : la surcharge cognitive notamment.

 

Ces NTIC nous offrent aussi la possibilité d’être cueilleurs de compétences. Grâce aux réseaux sociaux notamment, nous avons à notre disposition une multitude d’outils assimilés à des viviers de talents.

 

Même si la France demeure méfiante à certains égards, le potentiel du web 2.0 est de connecter les personnes, de permettre à chacun d’être transparent, vrai, vis-à-vis des autres, d’oser, de faire preuve d’humilité et de solidarité. Ce comportement n’exclut pas la vigilance quant à la liberté individuelle ou la fracture numérique. Se pose également la question de  notre rapport à l’information, qui demeure essentiellement individuel, voire égocentrique.

Nous en sommes à l’âge de pierre, tout est à faire. Certaines questions persistent : les sociétés du savoir accentuent-elles ou réduisent-elles les écarts entre populations ?

Qui sont les gardiens de l’ordre mondial numérique et cognitif ? Qui gardera les gardiens ?